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Tribune : “Et l’utopie au travail ?”


A l’heure de la multiplication des espaces de travail partagés, de la distanciation sociale et du télé-travail choisi ou imposé par la crise sanitaire, comment vivre sur son lieu de travail une utopie concrète, mais aussi tout simplement des moments d’échange, de convivialité et de gratuité ? C’est le pari exaltant fait par ENGAGE en créant ENGAGE City à Paris, l’été dernier, à la sortie du premier confinement.


Quatre vingt résident.e.s pour une quinzaine d’organisations ont investi en six mois un espace de 1.500 m2 dans le XVème arrondissement à Paris.

Leur point commun : l’impact et un engagement fort sur les sujets de transition : environnement, éducation, technologies inclusives, médias participatifs, santé, création...Des activités qui résonnent naturellement avec la mission d’ENGAGE : aider les citoyens et les entreprises à se saisir des défis du XXIème siècle.


Nous avons pris l’initiative de leur proposer de penser autrement leur rapport au travail : belle utopie ? Le projet d’ENGAGE City est justement de ... disparaître pour renaître dans une “Commune libre” : la Commune libre d’ENGAGE City. Le projet fait écho à plusieurs lieux actuels, historiques ou légendaires : Oasis 21 ou Les Grands Voisins à Paris, Darwin à Bordeaux, le familistère Godin.


Paradoxalement, la situation de crise généralisée crée un fort besoin de convivialité retrouvée, d’environnement protégé et durable et d’une humanité à mettre en actes. En s’appuyant sur une créativité et l’intelligence collectives, ce projet formule des réponses inédites : la création d’un Etat (avec une constitution, une monnaie, un passeport, etc.), l’autosuffisance, l’agrégation des organisations autour d’une plateforme commune, la mise en place d’un revenu universel, l’abolition de la notion du temps au quotidien (rien de moins), soit l’intention d’un lieu référent du bonheur à l’échelle locale et universelle, accueillant des artistes, des intellectuels, des chercheurs, des militants, des personnes exclues, et pourquoi pas, pèle mêle : de la permaculture, des animaux, des ateliers de bien-être, des AMAP, un bar, des expositions et résidences, des performances et des fêtes !


Sommes-nous vraiment ici dans l’illusion de nouvelles relations dans le monde du travail aujourd’hui ? Oui, compte-tenu des normes et des conventions persistantes, non, en regardant la floraison d’initiatives citoyennes partout dans le monde pour inventer des solutions nouvelles, durables, collectives où “travailler” n’est pas une contrainte indépassable au seul profit de la rentabilité économique. Les lieux de travail et les personnes qui y passent une partie considérable de leur existence ne sont pas condamnés à rester dans un système managérial frustrant, dans l’anonymat des espaces et la standardisation des équipements matériels qui les meublent...




Notre expérience à la fois modeste dans son échelle et ambitieuse dans ses objectifs, doit essaimer, convaincre et séduire. Nous portons une ambition et des perspectives que nous ne retrouvons pas dans les co-working et les tiers lieux, pour ne citer que ces exemples, qui font florès depuis quelques années pour réinventer les espaces et les lieux collectifs du terme ô combien puissant : entreprendre.


Quelques orientations nous semblent constituer le socle pérenne d’un projet utopiste viable : une gouvernance démocratique, la construction de projets communs (en commun) entre résident.e.s, la dimension environnementale du lieu et de toutes les actions menées et enfin, un système de partage de compétences et de savoir faire créant un investissement circulaire entre les membres de la communauté.


Ce projet verra le jour au printemps, hirondelle citadine de retour. Nous avons l’énergie pour créer un réseau urbain, rural, international ... Les Communes libres seront demain les nouveaux espaces de travail où construire, inventer et développer des projets de citoyens créatifs et engagés, respectueux de l’autre et de son environnement.


Jean-Luc Baillet



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